jeudi 2 février 2012

Cravirola et la sociologie des abeilles

Je suis tombé il y a pas longtemps sur le récit judiciaire de l'aventure craviroliene. Pour ceux qui ne connaissent pas Cravirola, c'est une ferme coopérative, un projet de vie collectif-alternatif, tout d'abord établi dans la Roya, près de la Brigue, à 20min de marche dans les montagnes. Développé par la folie et la ténacité d'un couple allemand pendant plus de 25 ans, le projet était devenu collectif. Un lieu de vie, un lieu de rencontres, une ferme économiquement plus ou moins bien établie.D'un commun accord les craviroliens s'étaient récemment envolés vers des contrées plus clémentes où ils pouvaient être plus abordables, voir plus de monde et du coup prendre part plus directement aux débats d'idées. Un projet énorme rendu possible par un emprunt d'un million d'Euros! Une envie de devenir plus gros, suivie très vite du besoin absolu de devenir plus gros pour rembourser les dettes. Un nombre qui fait peur, un million d'euros qui très vite a fait exploser la collectivité. Je suis bien trop loin pour juger ou comprendre ce qui s'est passé mais pour l'heure il semble qu'il se soit crée un abyme entre le fondateur, celui qui a passé la plus grande partie de sa vie à travailler comme un forcené pour développer le projet, et le reste des troupes, les nouveaux, les jeunes tout autant investis mais sans la légitimité que le temps donne aux anciens, parfois.
La rupture est violente, et le géniteur du projet menace de tout détruire. Derrière lui il ne veut laisser que des cendres, un champ de ruine. Il semble près à effacer sa propre mémoire. L'issue est bien triste parce que le projet est fabuleux. Cravirola, j'en ai rêvé des semaines à chaque fois que j'ai eu l'occasion d'y monter. Cravirola c'est une lueur d'espoir dans un monde ruiné par la concurrence, la soif de pouvoir et de profit. Et finalement tout cela me fait penser aux parachutes dorés qu'on alloue sans trop hésiter à tous ces grands patrons qui partent, que ce soit pour faute professionnelle, pour incompétence ou simplement pour aller gagner encore plus ailleurs. Ne s'assure-t-on pas ainsi qu'ils ne coulent pas le bateau derrière eux, tout simplement? Détenteurs de tant d'informations qu'ils pourraient ébranler tout le système en un instant, le parachute doré n'est-il pas tout simplement la garantie de les voir s'en aller en laissant la roue tourner? Comme Axel est près à le faire de Cravirola, tristement.
Pour ceux que ça intéresse, le siège historique de Cravirola s'appelle maintenant FAR (ferme auto-gérée de la Roya). Ne manquez pas de leur rendre visite et d'en ramener des fromages de chèvre frais en tous genres pour moi.
http://www.collectif-far.org/
http://www.cravirola.com/

J'ai récemment fait part à certains de ma tentative de développer un projet de recherche sur le thème de la disparition des abeilles. Plusieurs ont légitimement trouvé surprenant que j'envisage la sociologie des abeilles.
Ce semestre un de mes cours obligatoire est intitulé "research design". Le but est de nous guider dans la rédaction d'une proposition de projet de recherche. Occasion pour moi de tenter de mettre en place un premier projet, peut être pour les années à venir. Le sujet de l'effondrement des colonies d'abeilles est très récent aux US. Tout a vraiment débuté il y a six ans, alors qu'en Europe, et en France particulièrement on a connu le problème presque une décennie plus tôt.
Alors qu'est-ce que je pourrais tenter d'étudier concrètement?? Beaucoup beaucoup de choses. Pour le moment je suis un peu figé devant les possibilités, mais plusieurs rendez-vous avec les profs du département la semaine prochaine devraient mettre les choses un peu au clair. En gros la sociologie peut etre un outil pour comprendre comment on tente, collectivement, en tant que société, pays, de se défendre, de se protéger des problèmes environnementaux. Pour ce qui est des abeilles, il n'y a toujours pas de consensus scientifique sur les causes du problème. depuis plusieurs les apiculteurs voient leurs abeilles disparaître, tout simplement disparaître, sans comprendre pourquoi. Pour certains les pertes sont allées jusqu'à 90% certaines années, sans jamais comprendre pourquoi.Quel rôle jouent les scientifiques, les politiques, les apiculteurs, les compagnies agro-alimentaires, les commissions décidant des normes sanitaires, de la commercialisation des produits phyto-sanitaires (engrais et pesticides!). Le principe de précaution si cher à l'Europe et à la France en particulier est une idée volante non identifiée ici. Les protocoles de mise sur le marché sont beaucoup plus souples au pays des burgers où pas grand chose n'est fait qui risquerait de ralentir les affaires, plus tard seulement on se soucie, éventuellement, des conséquences sanitaires.La comparaison de l'affaire des abeilles entre la France et les US, non seulement me permettrait d'ancrer mon travail en partie en Europe(hehe!!) mais en plus d'étudier des systèmes fondamentalement, philosophiquement et pragmatiquement très différents. D'ici quelques semaine je devrais en savoir plus sur la direction potentielle de la recherche. Notamment il s'agirait de faire coller la grosse question avec es possibilités locales de tenter d'y répondre. Tout près de Boulder vit un vieux barbu qui est à la tête du mouvement des apiculteurs contre les pesticides systémiques qui d'après les européens sont probablement la cause du problème. Cette nouvelle génération de poison est sensée être globalement plus "propre" car les produits ne sont pas aspergés par tracteur, hélico ou avion, mais les graines en sont enrobées et du coup développent le produit dans leur sève quand elles germent. Un peu comme Obelix tombé dans la potion magique, mais sans la magie de l'histoire pour enfants, car l¡a il s'agit bien de poisons. Les Européens ont protesté, les gouvernements ont agi et ont interdit l'utilisation du produit fabriqué par Bayer. les américains ont l'exemple sous les yeux mais ne parviennent pas à se faire entendre. Et pourtant la France est le premier consommateur de poisons en Europe, donc pas vraiment un donneur de leçons idéals.

Ici aussi l'hiver arrive en trombe. Peut-être bientôt des images d'une promenade enneigée.

A suivre

The green French one

1 commentaire:

  1. toujours interressant de te lire meme si je comprends pas tout
    ici l hiver est bien la depuis 1 semaine neige te glace sont bien la

    RépondreSupprimer

"Be the change you want to see in the world"
Gandhi
If a man walks in the woods for the love of them half of each day, he is in danger of being regarded as a loafer. But if he spends his days as a speculator, shearing off those woods and making the earth bald before her time, he is deemed an industrious and enterprising citizen.
Henry David Thoreau

“A master in the art of living draws no sharp distinction between his work and his play; his labor and his leisure; his mind and his body; his education and his recreation. He hardly knows which is which. He simply persues his vision of excellence through whatever he is doing, and leaves others to determine whether he is working or playing. To himself, he always appears to be doing both.”
Chateaubriand