course à pied à 7h du mat dans 30cm de fraiche, la première chute de la saison et le premier sur ce sentier pourtant dans Boulder, rare privilège.Que de temps depuis les dernières nouvelles. Que le temps passe vite quand on a le temps de ne rien faire. Quel étrange paradoxe. Ou peut-être que simplement je fais tant de choses que je n'ai plus le temps d'en faire d'autres qui paraissent fondamentales? Je dors 5-6h par nuit et pourtant que c'est dur de finir à temps tout ce que j'ai à faire. Bienvenue en Amerique mon grand, le pays où la quantité compte plus que la qualité. Certains jours j'ai l'impression d’être dans un programme de résistance psychologique, d’être moi même l'objet d'une étude. Et j'en suis pas si loin puisque malgré la sélection draconienne à l'entrée du programme, rien n'est fini. C'est l'heure de l'affinage en quelque sorte. Prépa à 32 ans, sans même vraiment visualiser la grosse image qui pourrait éventuellement récompenser tout cela, Professeur Laurent! La question pourquoi revient souvent, accueillie parfois d'un grand revers de ma grande main, parfois trop bienvenue pour ne pas être douloureuse.
Je travaille donc, beaucoup, beaucoup plus que jamais avant dans ma vie. Je ne sais pas combien de temps cela va m'amuser. j'ai bien failli tout plaquer deux fois déjà. 7jours/7 depuis trois, encore un mois et demi avant le gros exam de 24h(24h pour répondre à trois questions, à la maison certes, mais 24h quand même et compte tenu de ma lenteur ça va être douloureux).
Le paradoxe c'est qu'il n'y a rien dans ce que je fais qui ne me plaise. Mes profs sont géniaux, je me régale à tenter de faire passer l'approche sociologique dans le cours d'intro: racisme, féminisme, éducation, classes sociales, avec la confiance qui s'installe j'arrive de mieux en mieux à les bousculer ces petits blancs privilégiés, à les projeter dans une zone inconfortable, à leur extirper des brides de remise en question de leurs certitudes. Le prochain semestre y'a des chances que j'enseigne society and environment, ou intro to feminist theory. Exciting!
Souvent aussi je suis super excité et convaincu que je suis à ma place dans un programme doctorale de sociologie. Il suffit de pas grand chose pour allumer la flamme. Une remarque d'un prof, une proposition de collaborer sur un projet, une idée de recherche qui semble originale et je suis reparti de plus belle.
Parmi ces idées, les plus excitantes sont en général en rapport au cours d'intro à la sociologie de l'agriculture et de l'alimentation, de loin mon cours favori. Food justice, food desert, qu'est ce qu'il faudrait changer pour qu' une alimentation de qualité soit accessible (et désirée) par les minorités pauvres des US. Comment on en arrive au constat que souvent ces minorités rejettent la nourriture bio, la bouffe des blancs et s'identifient au travers de leur alimentation horrible qui les rend obèses, insulino-dépendants et victimes de crises cardiaques plus jeunes que leurs ancêtres. Une idée vers laquelle j'aimerais me diriger, à la croisée de plusieurs spécialités, mouvement social, politique néo-libérale d'exclusion, éducation (et faillite totale du système américain qui repose complètement sur les impôts locaux)...
Une autre qui crée pas mal de bulles dans ma petite tete c'est celle d'étudier la construction sociale du phénomène de la disparition des abeilles. Implications économiques, relations entre la sphère publique et les producteurs de pesticide, role de l'etat dans la protection du marché, des citoyens (tous ces éléments tellement différents aux US et en France où Bayer a été foutu à la porte), agriculture et pesticide... J'adore l'idée aussi. Faut que je tienne le coup et tot ou tard j'aurai peut-etre une opportunité de plonger dans ces sujets qui m'intriguent depuis tant d'années.
Pour mon cours de statistiques je cherche en ce moment s'il y a une relation entre le souci exprimé pour l'environnement et le nombre effectif d'enfants, le nombre idéal d'enfants. S'il existe donc une relation aussi infime soit-elle(tant qu'elle est statistically significant!!) entre le souci pour les problèmes environnementaux et le problème de la population. Un autre domaine que j'aimerais bien pousser plus loin dans le futur, tellement politiquement incorrect.
kristine à la bataille dans un pas pas facile d'un très beau 6a-b qu'elle a fini par enchaîner.
Une fois par jour je m'accorde malgré tout un break, pour courir ou grimper. Kristine est ma nouvelle partenaire de grimpe, à la motivation inébranlable depuis trois mois. Elle grimpe meme quand je travaille, elle progresse, elle s'amuse et ça ne manque pas de me rendre heureux.
Bientôt la saison de ski de fond. J'ai pris le forfait pour la saison, mon premier forfait, un gros engagement pour aller jouer à la station à 30min de Boulder. Un break prévu avec la course à pieds. Les deux premières grosses chutes de neige laissent rêver à une bonne saison de neige. La sous couche est là, maintenant il faut qu'il continue de tomber un peu et dans trois semaines les pistes de fond devraient ouvrir.
J'ai tant de choses à raconter, tous les chocs culturels que j'ai vécus ces derniers mois avec mon premier vrai job américain, toutes ces questions qui surgissent tous les jours dans ma tête de sociologue en préparation. Finalement voilà un récit bien pale de mon quotidien depuis trois mois. La vie est belle et j'aurais pu illustrer ce message avec plus de photos mais ce blog ne rend pas les choses simples. Le campus était splendide depuis deux semaines avec la neige, les briques de gré rouge et les arbres multicolores encore parés de leurs feuilles (la mauvaise idée qu'ils ont eu de ne pas s'en débarrasser avant que cette neige lourde et collante ne vienne tester la solidité des branches: snow1-trees0).
Il fait froid ce matin (4c) mais grand beau alors je vais dépoussiérer le vélo de route qui n'a plus vu le soleil depuis bien trop longtemps)
Le green Giant
Avec tout ce travail t'as quand même réussi à nous pondre un petit récit bien intéressant. Merci.
RépondreSupprimerSinon, roucoulades mises à part, ça ne doit pas être facile tous les jours ton histoire mais t'as choisi.
Difficile paradoxe à vivre entre cette envie de progresser dans des domaines intellectuels qui t'excitent et le temps que cela te demande, les choses que tu dois laisser de côté pour pouvoir te consacrer pleinement à tes préoccupation du moment. Pari sur l'avenir et hédonisme ? Il faut des fois savoir en chier un temps pour passer à autre chose de mieux après. De l'entrainement en somme. ça te connait !