Encore un rêve devenu douleur (réalité!) en cette année bien chargée.
Le Nose d'El Capitan est la voie la plus connue du monde de l'escalade. 1000m de voie, 32 longueurs sur une paroi de 900m de haut. La première voie ouverte sur El Capitan en 1958 après un siège digne de l'époque antique et un total de 17mois et 47 jours sur la paroi.
Depuis l'ascension est devenue ultra classique et prend généralement 3-4jours, même si les cordées qui la réalisent à la journée sont maintenant très courantes. Le record étant de 2h37min!!
Pour nous le projet c'était seulement de rallier le sommet tranquillement. On verra plus tard pour une montée plus rapide.
Or choisir d'aller lentement, ça implique qu'on est chargé et que l'on se déplace donc... lentement. Et pas pour autant sans effort, loin de là même.
Rencontre avec Xavier et Julien le lundi soir à Tahoe. Le lendemain matin découverte (re) de LA vallée. Toujours la même idée dans mon esprit. Qu'est-ce qu'ils devaient être bien les Indiens seuls avec les biches et les ours dans cet univers majestueux. Plus tard j'aurai encore souvent l'occasion de contempler, de haut, les meadows, la rivière émeraude qui serpente dans le plateau couvert de Redwoods, le tout sous la présence incontournable des seigneurs des lieux, les gros cailloux granitiques que sont sont Sentinel Rock, El capitan, Middle Cathedral, Et celui qui a ma préférence pour ses formes totalement uniques, Half Dome.
Tourisme donc, rapide, pour ne pas finir avec un torticolis, le regard figé vers tout là haut.
Très vite ion se rend compte qu'il y a peu de cordées dans le bas du Nose. inutile de disperser nos forces à nous préparer, l'objectif à lui seul demandera bien assez de jus. Rituel de la préparation des sacs, petite nuit et nous voilà, sourire de 180 degrés seuls au pied du nez à 5h30 mercredi matin. les sacs sont lourds, les mouvements encore peu efficaces. Grimper un big wall (un très gros caillou pour ne pas être pédant!) c'est d'abord une histoire de logistique, de manœuvres de cordes, d'effort d'équipe, de résistance tant mentale que physique.
Et pour une part importante aussi une histoire de plaisir quand même. On a rêvé d'être là, on va pas négliger d'en profiter juste parce que le soleil nous mord les chairs, que les baudriers nous cisaillent les hanches, que les doigts deviennent gourds voire douloureux dès le deuxième matin... non, on ne va pas accuser le contexte, seulement le savourer. On est les seuls coupables de notre bonheur.
C'est aussi une histoire de répétitions. Grimper une longueur, dénouer les nœuds des multiples cordes, remonter au jumard la longueur, hisser les sacs(soit refaire la longueur au jumard à nouveau), nettoyer la longueur, recommencer, trente et une fois. L'organisation se fait de plus en plus précise tandis que les sacs ont cédé leurs calories à nos estomacs bien dans le besoin et sont d'autant plus légers.
Profiter aussi, à chaque temps mort, du point de vue, et penser aux célèbres grimpeurs qui ont libéré la voie (Lynn Hill et Tommy Caldwell), performance tout à fait incroyable.
On n'a croisé personne sur toute la voie. seulement dépassé tous les jours par une ou deux cordées faisant la voie à la journée. Dont cette cordée qui nous a dépassé le troisième matin alors qu'ils étaient partis mil y a moins de trois heures. Plus tard, entrain de trouver un sommeil bien mérité à camp 5, à 700m du sol, le bruit d'une cordée qui nous rejoignait nous éveilla. Il allait falloir réorganiser le petit espace, partager avec d'autres grimpeurs pour la première fois, shit. Mais non, c'était seulement la même cordée que le matin qui faisait la voie pour la deuxième fois. Je me suis endormi en regardant leurs lampes filer vers le sommet. 2000m d'escalade en 22h, des ironmans de l'escalade.
La suite ne fut qu'enchantement (et déshydratation). Y'a eu des larmes sous mes lunettes tandis que j'en terminai tranquillement de ma dernière longueur en tête, une longueur mythique, le changing corners. j'ai eu le temps de penser à tous et toutes. Tous et toutes. Et toi l'ami. comme toujours t'étais là avec moi, me rappelant d'être plus fort, d'être plus safe, de cesser de couiner et de profiter aussi. T'étais là Mik. Ou en tout cas j'ai réalisé ce rêve qu'on avait tant de fois dessiné devant nos prises en résine de l'escabane, avec toi, pour nous.
Merci Ju et xav d'avoir supporté mes moments de tensions quand il fallait un peu brusquer l'équipe pour que ça fasse.
C'est maintenant l'heure de penser à construire ma vie ici pour de vrai.
Au programme des semaines-mois à venir.
- je vais faire les démarches pour obtenir la "teaching license", pour éventuellement pouvoir enseigner le français dans les écoles publiques du quartier.
- je dois monter le dossier d'inscription à la fac avant le mois de décembre. Ca inclut récupérer mes dossiers scolaires de France, rédiger un projet de travail et passer avec succès le GRE, un test standardisé obligatoire pour entrer en master. le même pour tout le monde. la partie math sera sans souci, mais l'anglais est difficile pour les américains. Il va falloir absorber une grosse grosse quantité de vocabulaire pour franchir la marche.
- je me suis inscrit à un premier cours de sociologie de l'environnement en ligne. Un premier pas en douceur et éventuellement une lettre de soutien de la prof en novembre (il m'en faut trouver trois pour le dossier, pas simple dix ans après avoir quitté la fac).
- J'attaque dans deux semaines quelques semaines de cours d'harmonica, juste parce que la musique me manque vraiment depuis que je n'ai plus chanter et que l'harmonica sur les prochains big wall ça pourrait être sympa.
- j'en ai toujours pas fini de l'équivalence pour le BE escalade. Il reste donc à passer ce test, même si je sais maintenant qu'il y a pas d'avenir dans le boulot par ici.
Aux dernières nouvelles, on a passé hier avec succès notre entretien final pour ma green card. Du coup j'aurai d'ici quelques semaines le papier vert pour deux ans qui me donne le droit de travailler et de sortir du territoire tout en revenant sans même faire la queue la plus longue en passant la douane.
Une bise à tous ceux qui sont arrivées jusqu'ici.
samedi 12 juin 2010
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"Be the change you want to see in the world"
Gandhi
Gandhi
If a man walks in the woods for the love of them half of each day, he is in danger of being regarded as a loafer. But if he spends his days as a speculator, shearing off those woods and making the earth bald before her time, he is deemed an industrious and enterprising citizen.
Henry David Thoreau
“A master in the art of living draws no sharp distinction between his work and his play; his labor and his leisure; his mind and his body; his education and his recreation. He hardly knows which is which. He simply persues his vision of excellence through whatever he is doing, and leaves others to determine whether he is working or playing. To himself, he always appears to be doing both.”
Chateaubriand
Henry David Thoreau
“A master in the art of living draws no sharp distinction between his work and his play; his labor and his leisure; his mind and his body; his education and his recreation. He hardly knows which is which. He simply persues his vision of excellence through whatever he is doing, and leaves others to determine whether he is working or playing. To himself, he always appears to be doing both.”
Chateaubriand
Je vois que tu t'ennuies toujours autant, et que tes journées font toujours 36h !!!!!!!!!!!!!
RépondreSupprimerCa fait bien plaisir de partager quelques instants de ta vie mon frère...
Grosses bises